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La pédagogie du bonheur, ou pas…

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Ou comment trouver des solutions concrètes dans la pédagogie positive pour accompagner sereinement nos enfants ?

Introduction

Observons les phrases que l’on dit à nos chérubins au fil des ans … :

« Bravo, que tu es fort ! Tu as réussi à te mettre debout tout seul !» à Hugo, 16 mois.

« Oh qu’il est beau ce dessin, avec toutes ces couleurs mélangées !» à Elsa, 2 ans.

« Waouh, un vrai champion sur ta drézienne ! » à Léo, 3 ans.

« Et alors, tu as tiré la langue à la maîtresse, tu as un lion rouge… c’est nul ! » à Henri, 4 ans.

« Non mais tu te fiches de moi ! C’est pas compliqué de faire la différence entre le son [p] et [b] ! » à Charlotte, 6 ans.

« Jeanne est meilleure que toi ! Quelle honte ! Si tu travaillais plus ! » à Margot, 10 ans.

A la lecture de ces quelques affirmations / exclamations, est-ce que quelque chose vous interpelle ?

Oui, bien sûr !

La gradation (ou dégradation d’ailleurs) des remarques dévalorisantes à l’égard de ces enfants.

Alors que tout allait bien, que votre enfant semblait être le meilleur, tout à coup à l’âge de 3 ans, tout bascule !

Pourquoi ?

Pourquoi nos enfants merveilleux deviennent en une rentrée des “bêtesà concours qui doivent faire leurs preuves, exceller partout si possible sans se plaindre ?!

Pourquoi ?…

Un constat

La première rentrée scolaire

Enseignante moi-même, je ne veux absolument pas accabler le corps enseignant qui encadre nos enfants, avec souvent, osons le dire peu de moyens.

Une classe de 30 élèves (minimum) pour 1 instituteur/professeur, excusez-moi, mais nous sommes loin d’une qualité pédagogique !

Chaque enfant étant unique, comment voulez-vous répondre à tous les profils efficacement ?

C’est humainement impossible ! Regardez-nous déjà avec 1, 2 ou 3 enfants, on a parfois du mal à les satisfaire !

Les choses sont posées, ni accusation, ni jugement vis à vis des enseignants et des parents.

Toutefois , il est essentiel de rester lucide, et force est de constater que nos enfants subissent une pression sociétale atroce, et ce dès la maternelle. J’exagère à peine !

Nous les enfermons (notre système bien sûr) dans un carcan éducatif, où ils sont jetés dans les cases : succès ou échec.

Soit vous avez de la chance et vous collez aux normes (succès), soit vous êtes nul, atypique, souvent perturbateur (échec) …

D’ailleurs, si on fait un petit bon en arrière et que l’on observe notre parcours scolaire, bon nombre d’entre nous y verront des traumatismes, souffrances, injustices, dégoûts, vexations ou encore humiliations. On a tous entendu des paroles blessantes et dévalorisantes.

Tous.

Encore ma question fil rouge : pourquoi ?

L’enfant et la pression

Comment expliquez-vous que déjà tout petit, on demande déjà à l’enfant de se comporter comme un adulte ?

Un enfant a, on le sait depuis longtemps à présent, un cerveau malléable, ce qui est formidable d’un côté, mais qui peut être dramatique d’un autre.

Car l’enfant est une éponge qui se construit et évolue sur ce qu’il entend, voit, perçoit et ressent !

Il est soumis tout petit déjà, à la pression scolaire et familiale :

« Dans la famille on est tous médecins… ou avocats… ou charpentiers… ou garagistes… ».

Donc en fait, ton enfant doit FAIRE et non pas ÊTRE !

Je me souviens très précisément des paroles d’une prof de fac, me demandant la profession de mes parents…

Mes parents n’étant pas profs, elle m’a clairement dit: « Mais vous n’avez rien à faire là !».

Quelle discrimination, quelle honte et quel drame.

Heureusement, après avoir pleuré ^^, je me suis ressaisie, et j’ai eu la chance d’être, bien entourée, par des parents qui m’ont reboostée. Et j’ai poursuivi avec bonheur mes études universitaires.

Évidemment, tous les enseignants ne sont pas comme ça !

L’enfant multi-tâches

En plus, formater un enfant c’est lui amener de la frustration, et une difficulté dans son épanouissement d’adulte.

Un merveilleux documentaire de Marion Cuerq : Si j’aurais su, je serais né en Suède , l’illustre parfaitement.

Le bas blesse encore, car, au lieu de partir de l’enfant, nous partons de tout ce que l’on veut qu’il sache.

A fond des maths, du français, de l’histoire, de la géographie…

Et bien sûr, il doit exceller dans tous les domaines… C’est mieux, comme cela on peut s’en vanter au parc auprès des autres parents.

« – Il a combien de moyenne générale Arthur ?

-16, mais c’est à cause de son 15 en bio… »

Blablablabla… On leur en demande trop, toujours !

⚠️ Attention !

Je suis ravie pour ces jeunes, ces enfants qui réussissent facilement, ou qui travaillent beaucoup mais qui réussissent aussi.

Et c’est tout à fait normal, et même formidable que les parents soient fiers.

Non, ce qui me perturbe, c’est quand on oublie l’enfant, et qu’on exige des résultats partout, ou quand on juge l’enfant si il ne réussit pas dans tout, et qu’instantanément on lui colle une étiquette.

« C’est un matheux, c’est clair… Il est sportif avant tout… Non, c’est pas un intello, il est manuel… ».

Ah ! Cela me met hors de moi.

Car, tous les jours, j’ai dans mes cours des jeunes qui se dénigrent, et qui sont devenus leur étiquette !

« Madame, ça sert à rien, je suis nul ! On me l’a toujours dit ! Je comprends rien au français! ».

Non, non, non et non !

Je refuse ce discours.

D’autant plus que tous ces jeunes, dès qu’on les regarde attentivement, dès qu’on les écoute, dès qu’on leur montre leurs qualités, ils sont géniaux.

L’effet Pygmalion

C’est une expérience menée par le psychologue américain Robert Rosenthal, à l’école Oak school à San Francisco (auparavant, il avait fait une étude avec des rats).

Avec la Directrice Léonore Jacobson, ils ont fait croire aux enseignants, que 20 % de leurs élèves étaient surdoués, en falsifiant les résultats du QI.

A la fin fin de l’année, ils font repasser le test de QI aux élèves.

Résultat de l’expérience : ces 20 % d’élèves, aux résultats faussés et surévalués, ont vu une progression étonnante dans leurs performances à ce test d’intelligence, et là, sans trucage !

Pourquoi ?

Tout simplement, parce que le regard porté par les enseignants sur ce petit panel avait changé.

Les professeurs les ont traités comme des surdoués, ils ont été plus attentifs, chaleureux, compréhensifs à leur égard. Nos croyances et nos comportements ont bien un effet sur notre environnement ! A méditer !^^

L’élève est conditionné par les attentes de l’adulte.

Quel regard porte-t-on sur moi ? Si il est positif cela engendre du positif, et des progrès.

Apprendre

Focus sur l’enfant

Et si nous faisions une pause ?

Si pendant quelques minutes nous regardions avec bienveillance notre enfant ?

Si nous nous reconnections avec ses qualités, ses atouts, ses connaissances, ce que l’on aime chez lui ?

Si nous laissions de côté les attentes académiques, qui créent de la frustration, du découragement, et de la castration ?

Si nous observions, dans le coeur, l’être que notre enfant est ?

Si nous écoutions ses besoins ?

Apprendre ce n’est pas que du savoir-faire, c’est aussi du savoir-être.

Il faut accepter qu’apprendre c’est découvrir et expérimenter.

Et forcément, parfois, on peut se tromper.

Toutefois, c’est une richesse de tester des choses, d’essayer, de changer d’avis, d’être curieux !

Avec des limites aussi, je ne vous parle pas de devenir une girouette.

De plus, cet apprentissage par l’ÊTRE, est une force pour la construction de l’enfant.

Car il va acquérir les bons codes sociaux, savoir s’intégrer plus facilement, savoir partager, communiquer et gérer ses émotions.

Je vous renvoie à mon article sur les émotions : Des émotions aux sentiments, moteurs ou freins au bonheur.

L’approche tête / coeur / corps

🧠 Apprendre avec sa tête, c’est le côté cognitif.

Oui, mais du coup, “j’apprends comment ?”.

Bonne question, rarement posée, pourtant traitée par des grands noms comme Maria Montessori, Rudolf Steiner et Antoine De La Garanderie.

Lors de ma formation en psychopédagogie positive, nous avons surtout exploré l’approche d’Antoine de la Garanderie.

Pour lui, c’est l‘enfant qui doit lui-même découvrir son propre fonctionnement, son mode d’apprentissage. C’est de la gestion mentale.

Pour cela, il accompagne l’enfant, et le fait réfléchir sur la méthode utilisée par l’enfant pour réussir.

J’adore le faire avec mes apprenants. A chaque test, je leur demande ce qu’ils ont mis en place pour réussir les questions justes.

Déroutant au début, ils deviennent vite adeptes et surtout efficaces. J’en constate toujours les effets sur les évaluations suivantes.

💙 Apprendre avec son coeur, c’est écouter sa sensibilité.

L’enfant se construit avec toutes ses émotions et son vécu à travers elles.

Il est primordial d’être attentif aux réactions de nos enfants.

A nous d’adapter notre façon de nous exprimer, à nous d’être dans le positif et la valorisation.

L’enfant doit avoir confiance en lui et estime envers lui. Son évolution en tant qu’adulte en dépend.

🧍🏻Apprendre avec son corps, c’est vital.

On l’oublie souvent, mais le corps est le meilleur allié pour être efficace dans nos apprentissages.

Le corps a besoin de mouvements, d‘hydratation (eau), de carburant (nourriture saine), de respirer et de repos (sommeil et téléphone / Jeux vidéos).

Il m’arrive d’avoir mes grands apprenants (20 à 28 ans), 7 heures d’affilées, ce qui est énorme ! On leur demande de rester 7 heures sur une chaise à fixer un tableau, eux qui sont habituellement en action.

Du coup, j’ai instauré, en collaboration avec eux, de nouvelles règles : ils ont tous une bouteille d’eau, ils ont le droit de bouger (se lever, s’étirer, marcher…) bien sûr en respectant leurs camarades, et évidemment la possibilité d’aller aux toilettes.

Je vous épargne mes pauses régulières où je fais une superbe blague…. et où ils rient, ou pas ^^!

Bref, il est important d’être à l’écoute de ces grands enfants.

La boite à outils

Pour vous aider dans cette nouvelle expérience de la pédagogie positive, je vous livre quelques exercices, testés et approuvés par mes apprenants.

Ecouter de la musique, j’ai écrit La musique au coeur du bonheur, où vous pourrez trouver plus de détails.

Il existe des musiques qui favorisent la concentration.

Personnellement, lorsqu’ils sont en évaluation, j’accepte toujours qu’ils prennent leurs écouteurs, et je leur souffle quelques idées de morceaux, comme Bach ou Mozart ^^.

L’évocation

Écrire un mot de votre choix (moi j’aime bien le mot chocolat ou parapluie) sur un papier.

Et dites : « Sur ce papier, j’ai écrit un mot que tu connais. Tu vas le lire, puis te le dire. Ensuite, tu vas prendre quelques minutes, sans parler, pour observer ce qui se passe dans la tête. Après, je te poserai quelques questions. »

Je fais cet exercice chaque début d’année à mes apprenants, ils adorent, et comprennent mieux comment ils apprennent. C’est le but.

Voici les questions et à quelles formes d’apprentissage cela correspond.

Les questions que je leur pose :

1️⃣ Est-ce que vous avez vu le parapluie ? En couleur, en noir et blanc…? Est-ce qu’il flottait ? Est-ce que vous le teniez, ou une autre personne ? Est-ce qu’il y avait du mouvement ? De la pluie ? …

2️⃣ Est-ce que vous avez entendu le mot, et est-ce que vous vous l’êtes répété, avec votre voix, ou ma voix ? Est-ce que vous avez vu le mot apparaître, et vous l’avez réécrit ? Est-ce que vous l’avez décomposé, en le répétant ?

3️⃣ Est-ce que vous avez eu des frissons en pensant au froid? Est-ce que vous avez senti la pluie sur vous ? Est-ce que vous avez senti l’odeur de la pluie …?

Selon les réponses aux questions, on peut faire 3 catégories d’apprenants :

1️⃣ Profil visuel : je vois des images dans ma tête comme des photos ou comme un film.

2️⃣ Profil auditif ou verbal : je réentends des sons ou des paroles avec la voix des autres (très pratique pour apprendre une langue étrangère) ou je me parle dans ma tête.

3️⃣ Profil kinesthésique : je ressens les mouvements, les sensations, les odeurs, les goûts…

©️ Extrait de La pédagogie positive Audrey Akoun et Isabelle Pailleau P.53.

Le Mandala

J’adore cet outil.

Sur toutes mes feuilles d’évaluation, il y a au début et à la fin le dessin d’un mandala.

Dans le bouddhisme, c’est un support de méditation.

Et lorsque j’observe mes jeunes, soit au début, soit à la fin du temps, ils colorient le mandala, et ils sont calmes, sereins et surtout sans téléphone !

Le mandala favorise la concentration ( être à l’intérieur de soi) et l’attention ( être à l’extérieur de soi, ouvert).

Dernière question

A faire en famille, et à adapter selon l’âge de l’enfant:

« Quelle différence faites-vous entre réussir sa vie ou réussir dans la vie ? » . Amusez-vous !

©️ Extrait de La pédagogie positive Audrey Akoun et Isabelle Pailleau P.18.

Conclusion

Ainsi, à nous de jouer et d’accompagner dans la joie, la bienveillance, le respect et le coeur, nos enfants.

⚠️ Pas de pression, ni de culpabilité, ce qui compte c’est de faire du mieux que l’on peut, pas à pas.

Nous avons le droit de nous tromper aussi.

L’important c’est d’en avoir conscience, de vouloir évoluer et de le faire avec beaucoup d’amour.

Autant pour nos enfants que pour nous-mêmes.

C’est le plus beau cadeau que nous puissions faire à notre société demain, je crois.

Alors, expérimentons avec coeur et simplicité la pédagogie positive !

Je finirai sur ces mots de Khalil Gibran extrait de son recueil : Le Prophète

« Vos enfants ne sont pas vos enfants, ils sont les fils et les filles de l’appel de la vie à elle-même ».

Prenez soin de vous, et n’oubliez pas, vivez la vie que vous voulez

Bibliographie :

La pédagogie positive Audrey Akoun et Isabelle Pailleau

Imparfaits, libres et heureux, pratique de l’estime de soi de Christophe André


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