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Un bonheur qui se mesure?

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PIB vs BNB

Nous connaissons tous le Produit Intérieur Brut (PIB) qui sert à mesurer la richesse par l’activité économique d’un pays.

Mais connaissez-vous le Bonheur National Brut?

Le Royaume du Bhoutan

Le Bhoutan, est la version Himalayenne, du village d’Astérix et de ses irréductibles gaulois.

En effet, ce tout petit pays (800 000 habitants) a refusé de n’être qu’un chiffre économique porté par le PIB.

En 1972, le roi du Bhoutan, Jigme Singye Wangchuck, alors âgé de 16 ans, décide qu’un autre facteur est à mesurer : le BONHEUR.

Pour lui, la bonne santé d’un pays n’est pas seulement économique, elle est aussi spirituelle. Le but : concilier valeurs spirituelles du bouddhisme avec la possibilité d’une croissance durable.

Durant plus de 20 ans, le Roi s’est attelé à construire cet indicateur, pour faire du BNB (Bonheur National Brut)une réalité. Tâche très difficile et complexe, mais réalisable, la preuve…

C’est en 1998, qu’il présentera officiellement son projet BNB, lors du Sommet du Millénaire Asie-Pacifique.

C’est quoi le “bonheur tous ensemble” ?

Le BNB, en Dzongkha (langue du Bhoutan), se dit “bonheur tous ensemble “.

Certes, je vous l’accorde, cela semble bien utopique, et surtout très éloigné de notre conception du bonheur en Occident. En effet, nous prônons plus le PIB et son rapport économique de nos richesses, que le bien-être de la “populace“. Le “tous ensemble” raisonne plus chez nous en “chacun pour soi”, avec derrière : “dis-moi combien tu gagnes, je te dirai qui tu es !”.

Paradoxalement, le mal du siècle semble bien résider dans la pénurie du bonheur. Même si, évidemment, nous avons conscience que l’argent améliore notre condition de vie. Ne soyons pas hypocrites non plus.

Nonobstant, ce qu’il faut comprendre, c’est que cet indicateur BNB est un super outil de planification de l’action du gouvernement. Car il permet une vision de la Société ancrée dans les traditions, les valeurs et la culture du pays. C’est le respect d’une philosophie de vie.

Comment mesure-t-on le Bonheur ?

Neuf facteurs sont mis en avant :

  • bien-être psychologique (estime, confiance en soi, stress…)
  • santé physique (nutrition, sommeil, sport)
  • utilisation du temps (loisirs, transports, travail, famille, amis)
  • vitalité communautaire (interactions sociales, bénévolat…)
  • éducation
  • culture (développement artistique, évènements culturels)
  • environnement (espaces verts, eau, sol, air, biodiversité, respect de la nature, collecte des ordures)
  • gouvernance (élections, médias, justice, sécurité publique, être citoyen)
  • niveau de vie (revenu familial, individuel, niveau endettement, sécurité financière, qualité du logement).

Ici, même si certains critères ont été contestés par d’autres pays, l’économie est à sa juste place. Celle des activités nécessaires à la vie humaine dans de bonnes conditions, et dans le respect de la nature.

Ce qui ne manque pas de nous interroger sur notre rôle dans la préservation et le soin à la nature. Sujet pas du tout d’actualité !! (sentez bien ici mon ton ironique !). Car un peu d’humilité (origine: humus= terre) ne nous ferait pas de mal… A méditer …

Où le BNB est-il appliqué ?

D’abord dans son pays d’origine le Bhoutan, et ce même après la mort du roi visionnaire en 2006. Le concept du BNB est un des piliers de leur politique.

Il faut savoir que même si le Bhoutan est l62ème dans le classement du PIB, il reste le seul pays à présenter un bilan carbone positif… Du coup, on médite encore…

En dehors du Bhoutan, aucun pays ne mesure son BNB.

Cependant, l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Economique) a créé en 2011 le Bonheur Intérieur Brut avec 11 indicateurs, et a établi un classement des pays où il fait “bon vivre“.

La Norvège, l’Australie et le Danemark sont en tête. La France est bien loin dans le classement (18ème sur 38 en 2016).

Niveau confirmé par l’ONU, qui en 2019 a établi un rapport annuel, avec des chercheurs missionnés, sur les mêmes critères. La France demeure toujours en bas du tableau, derrière le Japon.

Une leçon à tirer ?

Je vous laisse y réfléchir …

La France, pays fait d’abondantes ressources, semble bien loin de cette culture du bonheur pour tous.

Pour ma part, j’avais très envie de partager cet article, car lorsque j’ai découvert cette philosophie du “Bonheur tous ensemble”, j’ai adoré cette théorie. J’ai même adoré le côté irréaliste / irréalisable que beaucoup de politiciens, chercheurs ou mêmes citoyens ont souligné.

Le défi du bonheur

Le bonheur deviendrait alors un défi commun, qu’on peut atteindre ensemble plus facilement. Fini le caractère individualiste où chacun entre dans un enfermement de quête du bonheur: «Ma petite thérapie, mes petits bouquins, mon petit développement personnel». On partagerait sincèrement et sans jugement.

Ok, je sais, cela relève encore de l’utopie.

Toutefois, ce mouvement de pensée concorde assez bien avec l’idée de mon blog. En partageant nos expériences, avec conviction et sincérité, on peut évoluer.

Et dans le terme évolution, il y a la notion de mise en action, et de changement progressif.

Je crois que nous sommes maître de nous-mêmes et de nos choix. Néanmoins, je pense aussi que l’union fait la force.

Le collectif peut participer à une mise en place d’un changement, et d’une évolution vers le bonheur. C’est comme l’histoire du 100ème singe: un évolue, tous évoluent.

Qui est légitime pour définir ce qui “compte le plus” ?

Bien sûr, comme toute philosophie, il y a du bon et du mauvais. Des choses peuvent nous laisser sceptiques et d’autres dans la contestation. Nous savons que le Roi n’a pas toujours bien agi.

Malgré tout, nous ne sommes pas là pour juger.

Ce qui compte, c’est que ce BNB nous fournit une information pour analyser une situation. Il dévoile juste ce que nous lui demandons de montrer. Cet indicateur se nourrit des valeurs de la culture bhoutanaise, à nous de l’adapter à notre culture, à notre vie.

Comme l’ONU et l’OCDE font.

C’est, pour sûr, un bon chemin, avec des leçons à prendre, car le PIB ancré dans la richesse monétaire ne peut être notre seul choix !

En 1968, Robert Kennedy concluait ainsi un discours : «En un mot, le PIB mesure tout, sauf ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue».

Cette phrase résonne encore plus fort aujourd’hui, dans le contexte économique mondial dans lequel nous sommes.

En conclusion : la taille du bonheur

En conclusion, l’exemple du Bhoutan est juste magique, car ce concept du mieux vivre pour mieux être, rassemble les hommes entre eux, notion de solidarité, et en même temps, il rend sa place principale à la nature, trop bafouée, utilisée, polluée, négligée et au final oubliée.

Peu importe, l’histoire de ce pays, tout le monde a un squelette dans son placard (ou presque). Nous devons retenir ici l’essentiel : un effort sincère de penser autrement.

Nous choisissons notre chemin.

A nous d’être responsable de nous-mêmes.

Alors, bonheur or not bonheur ?

Quelques références d’articles, si vous avez envie de creuser un peu plus le sujet du BNB:

Le Bhoutan, royaume du bonheur national brut, entre mythe et réalité de Thierry MATHOU, édition L’Harmattan, 2013.

L’épisode du Dessous des Cartes consacré au Bhoutan sur Arte.

Le bonheur et le bien-être: définir un nouveau paradigme économique, conférence avril 2012, site ONU.

Le BNB: ce qu’il faut savoir sur une idée pas si “bisounours”, Clément LESAFFRE, avril 2018.

Que nous apprend le BNB du Bhoutan? Article de Celina WHITAKER, 6 février 2018.

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